mercredi 28 août 2019




PROCHAINEMENT
Skryptia a l'immense plaisir de vous annoncer la sortie, cet automne, d'un ouvrage sur les lévriers espagnols écrit par Sylvie Joubert. Découvrant il y a quelques années le calvaire que vivent les lévriers de chasse dans ce pays, elle adopte en 2016 un galgo au lourd trauma psychologique, puis fait à cette occasion la connaissance de responsables d'associations remontant vers la France des galgos et podencos abîmés par la vie, mais vivants.  
Ce livre est un regard croisé entre sa propre expérience d'adoptante et les témoignages de quatre personnes engagées depuis plusieurs années dans cette cause : Murielle Douheret, Isabelle Guillen, Marie-Noëlle Rozé et Jérôme Guillot.


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Dans quelques semaines, nous vous donnerons plus d'informations sur la date de parution et le titre de cet ouvrage. Il sera disponible sur Amazon en format broché ou ebook. En attendant, et pour vous tenir en haleine,  nous proposons en lecture libre un petit extrait.
A bientôt !


EXTRAIT
Elle était à mes yeux la plus belle, douce et exquise des chiennes, je n’éprouvais à son sujet aucun reproche, aucun doute, aucune question, juste de l’affection à l’état brut et sans condition. Elle était mon évidence et j’étais la sienne, elle était mon plus beau matin du monde, mon amie et une partie de mon âme. Parler d’elle, à cet instant, fait remonter en moi mille souvenirs troublants, au point que l’émotion m’envahit comme si c’était hier, comme si le temps n’existait plus lorsque je pense à elle. Me voici replongeant dans ses yeux intenses de voyante, car c’est toujours ainsi que je décrivais Naïa, cette petite reine blanche recueillie en 2001 dans un refuge et qui partagea ma vie une douzaine d’années. 
Que de vivants souvenirs ! Nous partions à l’aurore nous rafraîchir dans la grande bleue, gagnant ensemble le large, tels deux bouchons flottant à la surface de l’eau. Lorsque nous trouvions une bouée, je m’agrippais à la corde pour nous reposer, puis la belle se calait dans mes bras quelques minutes sans bouger, humant l’air iodé de sa truffe alerte, le temps de reprendre le souffle ou d’admirer l’immensité étale, ensuite, nous repartions côte à côte comme auraient pu le faire Obelix et Idefix, Tintin et Milou, Rusty et Rintintin. Naïa adorait l’eau et moi également, nos bains partagés étaient un rendez-vous avec le bien-être et la béatitude, presque avec le divin. Cette croisée de labrador et d’épagneul affrontait les vagues comme personne, passant de rouleau en rouleau avec une incroyable dextérité, alors même que les humains effrayés par la violence de la mer et son courant incertain n’osaient mettre un doigt de pied dans l’eau. J’étais si fière d’elle !
Et puis, comme dit la chanson, la vie sépare ceux qui s’aiment. Alors, elle s’en est allée de l’autre côté, nager dans une mer inconnue avec de nouveaux compagnons, attendant que je sois prête pour son grand départ, attendant bien trop longtemps que je cesse de lutter et de croire à son impossible guérison. Afin qu’elle ne souffre plus, j’ai conduit ma bien-aimée un vendredi 14 juin au petit matin au terme de son aventure terrestre, et j’ai cru mourir d’un chagrin plus ou moins coupable que je ne souhaite à quiconque, même pas à mon pire ennemi. Je décidais alors de ne plus prendre de chien, n’en ressentant d’ailleurs aucune envie pendant plusieurs années. 
Jusqu’au jour où...


L’information me parvient par le biais d’une vidéo de hasard visionnée sur le web, je ne me rappelle plus de laquelle il s’agissait. Des images assassines ininterrompues transpercent mon cœur, mettant mon âme à genoux, image après image. Regarder cette vidéo me rappelle, bien que ne l’ayant jamais vraiment oublié, combien ce monde compte d’ignominie, de souffrance et de cruauté humaine. Je clôture la connexion, puis ferme l’ordinateur, vaincue par l’insoutenable réalité de ces barbaries infligées à des chiens sans défense. Blessée par ces épouvantables pratiques, me voici pleurant comme une enfant, un vieux bébé.
Au fond, tout ceci me plonge dans un abyssal sentiment de honte à l’idée d’appartenir à l’espèce humaine, me sentant otage de cette salissure et de cette souillure collective. Et s’il suffisait d’appuyer sur un bouton pour disparaître de ce monde à ce moment-là, j’appuierais peut-être. Qui sait ! Fermer le rideau, ne plus voir ces choses épouvantables, cruelles et injustifiables. Ce n’est pas la première fois que remonte en moi ce sentiment de dégoût, d’écoeurement et d’étrangeté vis-à-vis de notre espèce, mais, cette fois, il est particulièrement fort et empoisonne ma vie.
À nouveau, une question hante mes pensées, toujours la même : comment notre espèce peut-elle engendrer Mozart, Charlie Chaplin, La Callas, Léonard de Vinci, sœur Emmanuelle ou Einstein, mais aussi donner naissance à de sombres bourreaux sadiques affairés à torturer et tuer des lévriers délicats, inoffensifs et à leur merci ? Comment peut-on justifier tout cela au nom de la tradition ou du gain financier, tout en imaginant des sévices à chaque fois plus sophistiqués et douloureux ?
Au regard de cette sombre perversité humaine, je m’adresse indignée à l’énigmatique Créateur que certains nomment Dieu et d’autres autrement, lui indiquant qu’il y a nombre de malfaçons dans le cœur de ses créatures, et qu’il est peut-être temps de leur faire passer un contrôle technique.

Cette énigme, je me la suis déjà longuement posée auparavant au sujet des deux dernières guerres et des horreurs commises au nom de la patrie, des jeux de pouvoirs et des idéologies, de toute façon je sais que je mourrai sans l’avoir résolue. Aujourd’hui encore, cette question demeure pour moi le plus grand mystère de la vie, bien plus encore que celui de la reproduction du vivant, du big bang, des dimensions de l’univers ou de l’existence de Dieu.
Après le cas des animaux martyrs, objets d’épouvantables expérimentations par la science ; après les élevages-usines déshumanisés totalement irrespectueux de la vie sensible ; après les trophées morbides suspendus au-dessus des cheminées de stupides et répugnants collectionneurs, etc., je découvre le canicide  annuel des lévriers espagnols. Un génocide de chiens entretenu au nom de la tradition par des individus peu recommandables, des ignares et des sots de première catégorie, pour lesquels la vie de ces chiens ne vaut pas un clou, ne signifie rien et même moins que rien.

Une question toute simple succède à la précédente : que faire ? Quelle partie de moi-même ou de ma vie puis-je offrir à cette cause ? Quelle action puis-je entreprendre et assumer jusqu’à son terme ? Sur l’instant, la seule réponse concrète surgissant à ma conscience est la suivante :  et si tu en adoptais un ? Aussitôt le mental, critique et rationnel par nature, monte à l’assaut et réplique que sauver un chien n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des dizaines de milliers de condamnés annuellement, et que ce n’est pas ça qui va changer la donne. Comment lui donner tort ? Évidemment, la raison dit vrai, comme d’habitude, mais c’est tout de même un chien mort de moins et ça compte.
Adopter un lévrier, oui, voilà ce que je vais faire, c’est décidé ! Sur l’instant, cette décision me semble aussi folle que censée, angoissante et excitante à la fois, dans tous les cas il s’agit d’une grande décision que je prends en mon âme et conscience, après un rendez-vous avec moi-même. Plus par désir de faire quelque chose en faveur de cette cause des lévriers que par envie personnelle d’avoir un autre compagnon à quatre pattes chez moi, c’est ainsi qu’après ma douce Naïa, entre dans mon existence un chien nommé Peter par le refuge espagnol l’ayant récupéré. Il s’agit d’un lévrier espagnol couleur fauve, sorti du calvaire par deux associations de bénévoles, l’une située en Espagne et l’autre en France. Je le rebaptise Peter Pan pour lui donner de nouvelles ailes.

Cette période est aussi l’occasion pour moi de rencontrer des personnes formidables, réalisant un travail de terrain incroyablement difficile en Espagne ou en France. C’est à toutes ces personnes françaises, espagnoles et de toutes les nationalités, que je dédie cet ouvrage : celles qui organisent des sauvetages ainsi que des adoptions, celles qui deviennent familles d’accueil pour ces blessés de la vie, celles aussi qui s’occupent de l’administration ou de la logistique, ainsi que toutes les personnes pratiquant des soins sur ces chiens le plus souvent meurtris : les vétérinaires, les interprètes animaliers et les comportementalistes.
Ces groupes d’anonymes, unis en associations ou pas, sont des résistants de l’ombre luttant contre la barbarie ordinaire, vous comprendrez tout cela au fil des pages. Il faut du courage et du cran pour affronter la souffrance à l’état pur, quand on la rencontre dans les yeux d’un chien agonisant ou dans ceux d’un lévrier vous regardant à travers une grille et qu’on laisse derrière soi, sachant qu’il sera demain sacrifié dans l’une des nombreuses fourrières. Il faut du contrôle sur soi-même pour ne pas sauter à la gorge ou injurier l’assassin soupçonné d’avoir pendu ses lévriers à un arbre, faisant en sorte que l’agonie des pauvres bêtes soit longue et pénible.

Je n’ai pas ces courages, j’ai juste celui d’écrire et de témoigner, également le courage d’espérer que, demain, les choses seront différentes pour les lévriers espagnols grâce à toutes les initiatives naissantes, quelles qu’elles soient. Certains appellent cela de la naïveté,  tout au contraire je crois qu’espérer est l’une des plus grandes formes de courage. Je crois même qu’elle est à l’origine de cette puissance invisible capable de soulever des montagnes. Oui, je crois que «L’espérance est une détermination héroïque de l’âme, et sa plus haute forme est le désespoir surmonté (...)  L'espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme… » [Georges Bernanos (1888- 1948),conférence 1945]

Cet ouvrage parle des lévriers espagnols, mais aussi de l’action de milliers de bénévoles engagés dans cette cause animalière (parmi d’autres), vivant auprès de ces chiens mille peines et mille joies successives. Ces bénévoles sont des anges gardiens assignés à la protection de ces chiens sur Terre, ils  accompagnent ces lévriers dans leur voyage jusqu’à leur nouvelle vie, après les avoir sortis des griffes des galgueros ou des perreras (fourrières). Comme les anges gardiens de la tradition, les bénévoles ne sont pas infaillibles, mais il ont la grande vertu d’être là pour eux et de les aider du mieux qu’ils peuvent.
À ce jour, si de très nombreux chiens sont sauvés annuellement, c’est grâce à la chaîne que forment ces personnes entre elles, non aux institutions la plupart du temps calfeutrées dans le déni et faisant comme si l’affaire ne les concernait pas ou pas vraiment. Cet ouvrage entend  porter à la connaissance de ceux qui l’ignoreraient encore la situation de ces lévriers espagnols, mais il est aussi un vibrant hommage à ceux et celles qui, à travers leurs initiatives petites ou grandes, contribuent ensemble à rendre le monde des lévriers moins cruel, donc meilleur.



Ce livre est le fruit de rencontres avec des personnes dont Peter Pan fut le fil conducteur. J’ai souhaité donner la parole à Murielle, Isabelle, Marie-Nöelle et Jérôme qui se préoccupent du sort des lévriers espagnols depuis des années, chacun à leur façon. Lévriers sauvés et adoptés, lévriers acteurs de médiation animale, lévriers sujets d’initiatives politiques... Vous constaterez que les actions de ces personnes se complètent. Mais je n’oublie pas toutes les autres dont cet ouvrage ne parle pas, et qui oeuvrent quotidiennement pour que ces chiens puissent avoir un avenir, ce livre leur est dédié.


Les rencontres ne sont pas toujours le fruit du hasard.
Les fils qui tissent nos vies sont beaucoup plus complexes et mystérieux.
Femmes, hommes, animaux, enfants,  tout n'est que hiéroglyphes.
[Gilbert Sinoué, L'homme qui regardait la nuit (2012) ]



Skryptialement vôtre

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