dimanche 7 janvier 2024

 

Une nouvelle en lecture libre 👀

Auteur : Sylvie Joubert


A mon grand-père maternel

Si tu le veux


Je m’éveille sur la plage, groggy et sonné, avec l’impression bizarre d’avoir reçu en pleine face l’uppercut d’un orang-outan. Ma tête oscille de droite à gauche comme la flèche d’une boussole incertaine de la direction. La sensation d’avoir bourlingué dans l’espace-temps me pousse à reprendre contact avec le sol.

Personne à l’horizon, hormis un goéland plongeant vers la surface des eaux d’une hauteur d’un mètre, puis repartant aussitôt dans les airs. Ce piaf railleur est sublime et roi dans son royaume, moi, je ressemble à une loque échouée en costume flanelle.

Bon sang, mais qu’est-ce que je fous là ? Mon pantalon, ma chemise et mon gilet n’étant pas entachés de vomissures, j’en déduis que l’eau-de-vie de vin qui me met parfois la gueule en palissandre n’est pour rien dans le trouble qui m’assaille... Même pas mal aux cheveux !


Une minute plus tard… ou bien un an ?

Une silhouette au loin s’approche du rivage. Un gars rondouillard aboute sa canne à pêche, lance la ligne avant de poser son large fessier sur un minuscule seau bien courageux, attendant sans doute que la mer lui apporte un festin. Ce rite connu de tous les pêcheurs m’est familier ; si je ne me souviens plus de grand-chose, je sais que l’hameçon, le plomb oblong, le flotteur et le vivier n’ont aucun secret pour moi. Idem pour le ragoût de poisson qui s’ensuit avec son ail, ses tomates bien mûres, ses poivrons et son huile d’olive, dont les saveurs restent à portée de ma mémoire : je n’ai donc pas tout oublié, c’est déjà ça !

Accompagnant la parole d’un geste de la main, j’interpelle le gros bonhomme pour lui souhaiter bonne chance.

- Bonne pêche, l’ami !

Plus préoccupé par les appels de son ventre que par ma présence, le type sort de sa poche un casse-croûte qu’il s’empresse d’ingurgiter, sans répondre à mon salut amical. Seule la mer me donne la réplique, portant jusqu’à mes sens la symphonie inachevée des vagues ainsi que le parfum iodé de son écume moussante, source d’un bonheur indescriptible. Mes mains s’enfoncent dans le sable frais pour retenir l’intensité de ce moment présent.

Quelque chose me transperce, ce n’est pas le trident de Poséidon, non, il s’agit plutôt d’une mémoire vive que je n’identifie pas. Se pourrait-il que ce bain de sable réactive une émotion perdue ? On dirait bien que oui. À cet instant, l’eau, le sel et la matière organique malmenée par le mouvement de la mer m’apparaissent comme LA réponse, LA raison pour laquelle je me trouve au bord de cette méditerranée, un peu désemparé et mis K.O. par un orang-outan imaginaire.

Pourquoi suis-je  ? Qui suis-je ? L’incertitude règne, car rien dans la situation présente ne me semble logique ou rationnel, pourtant je sais que la vérité est ici et pas ailleurs. Quelle vérité ? Oh, bien sûr, je ne parle pas de la vérité de mon voisin qui se régale en ce moment de son repas pris sur le pouce ni de celle du monde, je parle de la mienne : celle de Louis.


Deux minutes plus tard… ou bien deux ans ?

Je me prénomme Louis et j’erre sur le sable, près de Canet-en-Roussillon, mais mon esprit fragile ne reconnaît rien : ni le lieu, ni les bâtisses, ni ces rares passants pressés et renfrognés. Mon meilleur ami, Alfred, habite près d’ici à Perpignan, je connais cette station balnéaire depuis toujoursAi-je bien dit « toujours » ? Quel mot opaque et fascinant !

J’ai oublié le sens de certains mots, on dirait que l’uppercut de l’orang-outan a transformé ma cervelle en pâté de tête. Je ressemble à un cuisinier capable de préparer une recette, mais souffrant d’une perte du goût. Je ressemble à cet homme se réveillant en pleine nuit, nu comme un ver et planté comme un couillon au milieu de sa chambre ; le type veut aller à droite pour pisser, mais il part à gauche sans jamais trouver la bonne porte… La suite, on la connaît !

Alfred, je m’en rappelle bien, mon pote bosse à la Compagnie centrale de tramways électriques. Je nous revois pêcher ensemble le maquereau et la sardine sur le chalutier de son père. On s’est perdus de vue, impossible de me rappeler pour quelle raison.

Où est ce putain de tramway ? Si je ne le trouve pas, je devrai rentrer chez moi à pinces ou me faire transporter par une bonne âme.


Trois minutes plus tard… ou bien trois ans ?

Ouf… Au fil de mes pas, petit à petit, la lumière revient. D’un côté, c’est rassurant, ça prouve que je ne suis pas barjot ou pas vraiment. De l’autre, je dois avouer que la lumière n’éclaire pas encore tous les étages de ma mémoire, des pans entiers restent dans la pénombre. Mais j’ai bon espoir !

Si j’en crois mes souvenirs, surgissant de-ci de-là, il semble que je sois un gars originaire de Sansa, un petit village en altitude non loin d’ici, entre Font-Romeu et Prades. J’ai l’image d’une bâtisse en cailloux de rivière tapissée de débris de terre cuite, elle est adossée au flanc d’une montagne ; également, des coteaux de vignes à perte de vue.

Mon rêve n’est pas d’être vigneron, plutôt de devenir marin ou sous-marinier, de partir loin d’ici pour aller visiter le monde en traversant les mers et les océans. Si je ne l’ai pas encore fait, c’est à cause de mes deux loupiots qui ont encore besoin de leur papa.

Cette idée du grand large m’exalte et m’effraie à la fois, sans que je sache pourquoi.

Merci Seigneur ! On dirait que le puzzle de ma vie est en cours d’assemblage. Cela ne m’explique toujours pas ce que je fous là, ni la raison qui me conduit à me retrouver à des dizaines de kilomètres de chez moi, errant sur le sable comme une âme en peine. Suis-je venu à pied ou à bicyclette ?

C’est le ramdam et le boxon dans ma tête. J’ai entendu dire qu’un homme en pleine santé peut perdre la caboche, puis la recouvrer soudainement. En attendant, je suis dans de beaux draps : quel capitaine ou amiral voudraient d’un marin qui perd le nord ?

Un coureur à pied passe à deux encablures en sautillant ; je me dirige vers lui dans l’espoir d’obtenir de l’aide, prenant la tête d’un pauvre bougre afin qu’il ait pitié de moi et vienne à mon secours. Tandis que j’approche de lui, je n’en crois pas mes yeux, c’est un géant ultra musclé et tout noir des pieds à la tête, le genre que tu évites de contrarier. Je veux juste qu’il m’indique le chemin le plus court vers mon village.

- S’il vous plaît, M’sieur, Hep, pouvez-vous me dire comment me rendre à Sansa ? Ohé, s’il vous plaît, attendez, ne partez pas, j’ai besoin d’un renseignement ! hurlé-je.

Merde, l’Ostrogoth a foutu le camp sans s’arrêter ni se retourner. Dans quel monde vivons-nous ? À Sansa, les voisins vous répondent quand on leur parle, on y a encore le respect des autres, pas ici apparemment. Une fois à la maison, je compte bien dormir tout mon saoul pour recouvrer la totalité de la mémoire.

Sansa c’est chez moi et mon foyer m’appelle, j’ai hâte de retrouver sa poignée d’habitants, ma famille aussi ; je dois y aller coûte que coûte, je le sais et je le sens. La conviction de devoir y retourner m’obsède, comme s’il s’agissait d’une urgence, d’une nécessité, presque d’un ordre de Dieu en personne.

Je revois l’église romane trônant au cœur du village, je perçois le tintamarre de sa petite cloche faisant battre la chamade à mon cœur d’humain. Tout est si réel que je me demande si je n’y suis pas déjà, en ce moment même, comme si le seul fait d’y penser m’y conduisait malgré moi.


Quatre minutes plus tard… ou bien quatre ans ?

En contrebas du village, l’église de Sansa et sa nef m’accueillent tel un mendiant à ses pieds. Je salue mon petit village de pierres et d'ardoises, son chemin menant vers le Pla de l’Orri où se trouve la bergerie, sa rivière de Cabrils et son climat de montagne. Il me semble que rien n’a changé par rapport à mon souvenir. Au loin, un bruit de moteur que je n’identifie pas se fait entendre, il ne ressemble pas à celui que font les automobiles.

Voici enfin ma maison, j’accours vers elle comme on se précipite dans les bras de sa bien-aimée. J’ai tellement hâte de retrouver mes proches, sans doute me cherchent-ils ! Les connaissant, je suis sûr qu’ils se font du mouron, mais moins que moi qui ne comprends pas ce que je suis en train de vivre. Je compte sur eux pour m’aider à remettre du bon sens et de l’ordre dans mes pensées.

Tiens, la porte d’entrée est grande ouverte, je m’en approche sans la reconnaître. Celle que j’avais fabriquée de mes mains, puis installée à la sueur de mon front, était à double battant ainsi qu’en bois de pin et ornée en sa partie basse de motifs de losanges. Celle-ci est constituée d’un simple battant recouvert de peinture blanche et d’une poignée ; quant au heurtoir en fer forgé en forme dancre de marine qui recouvrait l’ancienne, lui aussi a disparu ! Mes parents adoraient pourtant cette porte, pour quelle raison l’ont-ils changée ? Il faut que j’aie une explication avec eux à ce sujet.

Franchissant l’antre de ma demeure je pénètre en terre étrangère, car tout y est différent. Un chat roux, que je ne connais pas, passe devant moi en me fixant de ses yeux verts interrogateurs. Après quelques secondes d’hésitation, le miaou se colle puis se recolle à mes basques en ronronnant, me souhaitant la bienvenue dans son langage à lui. Bizarre, nous avons notre chien, Max, pour garder les bêtes, mais pas de chat. Comme le dit souvent mon père : pas de souris à la maison, pas de chat.

À ma grande stupeur, je n’identifie que les murs ainsi que de rares objets ; c’est le cas de cette massive armoire en bois de merisier recouverte d’une corniche moulurée. Sur une étagère, j’aperçois aussi la boîte en bois aux Saintes Huiles et ses trois récipients en étain, elle m’avait été offerte par mon oncle à son retour de mission. Au fond de la pièce, voici la chaise à bascule sur laquelle ma mère reprise et tricote chaque soir. N’est-elle pas en train de gigoter en ce moment même, d’avant en arrière ? Je me précipite vers elle, le cœur plein d’espoir, constatant dépité qu’une autre femme l’occupe, mais ce n’est pas ma mère.

- Que faites-vous là, qui êtes-vous ? dis-je, indigné par cette usurpation de chaise.

- Arrête le feu sous la casserole, mon chéri, et appelle ta sœur, car il est l’heure de manger ! lance à haute voix l’inconnue en direction de la pièce adjacente.

Je reviens à l’assaut :

- C’est le fauteuil de ma mère. Où est-elle ?

- Oui mam, je m’en occupe, réplique une jeune voix venant de la pièce voisine.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je franchis l’espace me séparant de la jeune voix. Un adolescent pousse une casserole fumante, puis vocifère en direction de l’étage supérieur  :

- Manon, à table ! Grouille-toi, les pâtes sont prêtes.

À l’identique de la mystérieuse femme, le non moins mystérieux adolescent feint d’ignorer ma présence. Je suis donc chez moi, entouré d’inconnus faisant mine de ne pas me voir ni m’entendre ; si c’est une blague, j’avoue qu’elle est très réussie et que chacun tient son rôle à la perfection.


Cinq minutes plus tard… ou bien cinq ans ?

Attablés devant un plat fumant, la femme et le garçon se coupent tour à tour du pain sans même me regarder. Tel un enfant blessé, je me réfugie sur le seul objet rassurant me reliant à mon passé : la chaise à bascule de cette mère absente. Tandis que les couverts commencent leur tintamarre gourmand, une jeune fille brune, à peine plus âgée que le garçon, apparaît dans l’embrasure de porte. Prenant place autour de la table, elle m’honore d’un sourire laissant supposer qu’elle ne compte pas m’ignorer, contrairement aux deux autres.

La femme presse la jeune fille :

- Assieds-toi, Manon. Il faut manger, car ton frère doit partir dans trente minutes.

Après le repas, Manon me fait signe de la suivre d’un discret mouvement de la tête. Je m’exécute, heureux d’avoir un interlocuteur au comportement normal. Sa chambre à l’étage est en réalité la mienne, celle de mon enfance et de toutes les étapes de ma vie, mais rien n’est comme je l’avais laissé. Ce n’est pas mon lit, ni mon armoire. Je remarque que toutes mes planches d’illustration de bateaux et de sous-marins, que j’affectionne particulièrement, ont disparu.

Stupéfait, je cherche une explication à ce chamboulement :

- Qu’avez-vous fait de ma chambre ?

Hésitante, la jeune fille bafouille :

- Ta chambre ?… Ah, d’accord, donc tu ne sais pas ?Tu n’es pas au jus ?… Tu ne vois pas ?… OK !

Sa logorrhée interrogative m’agace, je monte le ton :

- Qui vous a donné l’autorisation de vous installer chez nous. Où est ma famille ?

- Attends-moi, je reviens dans une minute ! répond-elle en se levant, nullement effrayée par mon courroux.

Manon se dirige vers une autre pièce, je l’entends ouvrir puis fermer à maintes reprises des tiroirs, comme si elle cherchait quelque chose d’oublié et de relégué dans un coin perdu. Revenant quelques minutes plus tard, les bras chargés d’un épais registre poussiéreux qu’elle pose sur son lit, elle m’invite à la rejoindre à ses côtés, tout en me tutoyant comme si nous étions de vieilles connaissances.

- Viens, regardons ensemble cet album.

À cet instant, j’ai l’intuition que je suis à deux doigts de découvrir quelque chose d’important, de sacré, bref, de sacrément important. La délivrance sonne à ma porte, j’en suis certain ; il me semble de plus en plus clair que cette jeune personne détient la clé de sortie de la confusion qui m’enserre et me tient prisonnier.

Un soupçon de compassion à mon égard transparaît tout à coup dans ses yeux, elle me demande :

- Es-tu prêt ?

Par un hochement de tête lui signifiant que oui, Manon entrouvre de ses mains délicates le livre des révélations qui va bouleverser mon âme.


Ici et maintenant

À l’instar d’une petite maman faisant la lecture à son enfant afin que son âme s’apaise, Manon égrène pour moi les pages de l’album suranné. Par cet acte, elle m’invite à faire en sa compagnie un voyage dans le temps, jusqu’à ce que l’image sépia d’un sous-marin attire tout particulièrement mon attention. En dessous de celle-ci, on aperçoit un commentaire rédigé à la main : "le Joule, mise en service le 10 mai 1912 et je suis à bord".

Au vu de l’insistance dont je fais preuve et de l’attention particulière que je porte à cette photo, Manon insiste :

- Est-ce que cela te rappelle quelque chose, Louis ? Regarde bien les personnes sur la partie haute, près du périscope.

Comment connaît-elle mon prénom ? Cela aussi je l’ignore, mais, au point où j’en suis, plus rien ne m’étonne. Le tutoiement étant de mise, j’enchaîne sur le même ton :

- Oui, ce bâtiment ne m’est pas inconnu, il fait remonter des souvenirs et des sensations. Le Joule m’est familier, et puis je reconnais quelques types sur la photo. Chaque recoin de ce submersible me revient en mémoire : les couchettes, le pavillon, la coursive et même les latrines… J’y étais, oui, c’est ça, j’y étais, j’en suis sûr ! Toi, tu sais que j’y étais, n’est-ce pas ?

Son hochement de tête de haut en bas confirme ma supposition.

- C’est pour ça que je te montre cet album. Bon, c’est bien, on avance ! lance-t-elle sur un ton encourageant.

La photo impromptue du sous-marin Joule ouvre en grand les vannes du souvenir, libérant un geyser d’images, telle une vapeur longtemps compressée.

Nous y sommes, mon passé refait surface... Je me nomme Louis François, je suis Quartier-Maître électricien sur le Joule, un sous-marin missionné pour des patrouilles en mer Adriatique. Loin de ma famille et des vignes de Sansa, je prends un jour la décision de devenir militaire dans les forces sous-marines. Les deux premières années exaucent tous mes vœux de sous-marinier en herbe, la suite sera plus douloureuse.

Mes souvenirs sont là, avec le sentiment que tout se passait hier.

À la suite de la déclaration de guerre, notre bâtiment et son équipage sont affectés aux forces navales de l’expédition des Dardanelles vers 1915. À cette époque, je perds plusieurs camarades embarqués sur d’autres bâtiments et envoyés vers différentes missions de guerre. Les larmes perlent sur mes joues, car mes amis dorment cette même année au fond de l’eau, « Pour l’honneur de la France », paraît-il ! Mais l’honneur de la France ne parvient pas à me faire accepter leur mort ni à éloigner le chagrin.

Au fil des mois, la lassitude m’envahit et me brise de l’intérieur. Je supporte mal l’obscurité presque constante, car un sous-marin sous l’eau est aveugle en profondeur. Surtout, je pense à mes enfants attendant leur père, à ma femme aussi, j’aurais dû y réfléchir avant : je suis un con de première catégorie.

Limpression d’étouffer dans cette boite de sardines m’insupporte chaque jour un peu plus, quant aux manques d’espace et d’air pur, ils deviennent obsédants. J’ai juste envie d’être ailleurs, de respirer au grand air, de sentir le soleil et le vent prendre possession de mon corps. Lorsque le Joule remonte et flotte en surface, que les purges sont fermées et les ballasts remplis d'air, je renais. À chaque ouverture du sas, le vent frais vient à nouveau fouetter mon visage : Le vent souffle dans ma tête tout le temps, il chasse les nuages, les gros, ceux qui font couler les yeux. C’est bien pratique le vent. Le vent aide mon cœur à repartir.

Je comprends trop tard que je me suis trompé de vocation, mais impossible de faire marche arrière… En avant toutes, comme disent les marins !

Manon place devant moi d’autres photos troublantes : celles de mes parents, de mon épouse adorée et de mes enfants, lorsque, soudain, la femme de tout à l’heure ouvre la porte de la chambre, puis pénètre dans la pièce en s’adressant à Manon.

- Ma chérie, je file à Perpignan faire des courses. Tes affaires de plongée sont près de la malle contenant les palmes, la bouteille et le détendeur. Surtout, sois prudente, un accident est si vite arrivé...

Surprise par le vieil album déposé sur les jambes de Manon et par l’intérêt que sa fille porte à la photo du sous-marin d’antan, elle ajoute avant de se retirer :

- Que fais-tu avec ces anciennes photos de famille ? Ah, tu t’intéresses au sous-marin de l’arrière-grand-père qui n’est jamais revenu de sa mission ? Pauvres gens, c’est triste quand on y pense !

Une fois sa mère partie, Manon m’adresse un regard insistant.

-Tu as compris maintenant ?

Bien que sidéré par ces révélations successives, je valide par un signe de tête.

- Je crois que oui.

Manon ferme l’album d’un coup sec, bien décidée à lâcher l’ultime vérité.

- Tu es mon arrière-grand-père, j’ai immédiatement reconnu ton visage grâce à cet album qui est dans la maison depuis des générations. Je pensais que la photo de ton sous-marin t’aiderait à te rappeler de ton passé : il paraît qu’il a heurté une mine en mai 1915, et tu étais à bord. Désolée. Tu sais maintenant qui tu es, où tu es, mais je ne sais pas pourquoi tu es là.

Sur le ton de la confidence, Manon ajoute :

- Louis, je peux te l’avouer, depuis que je suis petite je vois les personnes comme toi…

- … Les morts, tu veux dire ?

- C’est ça, acquiesce-t-elle. Il ne faut pas en vouloir à ma mère ni à mon frère, ils ignoraient que tu étais iciIl n’y a que moi qui sais et vois ce genre de chose.

Le puzzle est terminé et la délivrance est là, tout reprend sa place à la vitesse de l’éclair. Recouvrant la pleine conscience ainsi que le contrôle de mes ailes célestes, j’embrasse désormais toute chose : ma destination, l’objet de ma rencontre avec mon arrière-petite-fille et la vanité du temps.

Avec tendresse, je réponds à la question de Manon :

- Tu te demandes pourquoi je suis là ? Je viens de le comprendre. Écoute bien ce que je vais te dire ! Un jour lointain tu me rejoindras, mais ce n’est pas l’heure. À compter d’ici et maintenant, je serai à tes côtés dans les mers et les océans du monde, sache que tu pourras toujours compter sur ma protection. Lors de tes plongées en eau profonde, je veillerai à ce qu’il ne t’arrive rien afin que tu remontes saine et sauve… Pas comme moi !

Je deviendrai ton air et ton vent, ton guide de palanquée et ton ange gardien, Si tu le veux !


SJ, été 2023


dimanche 3 septembre 2023

mercredi 24 mai 2023






Printemps 2023 dans les Pyrénées Orientales,

journée de dédicaces  avec Sylvie Joubert (à gauche), directrice de Skryptia Ed.





dimanche 19 décembre 2021

 Excellente émission de 2 heures          

Le vétérinaire médiatisé, Cyril HUE, (vétérinaire au Centre de Recherche sur les Mammifères marins de La Rochelle puis au Zoo de La Flèche depuis 21 ans) en discussion avec le médium David SABAT.

                                                               




vendredi 17 décembre 2021

        LA  COMMUNICATION  ANIMALE  INTUITIVE     

                                    Enjeux sociétaux                                                                               


    Du rôle social de la CAI au livre de Fabienne Maillefer,
« Accompagner les animaux en fin de vie » (Editions Véga - 2021)

 

Le grand public connaît l’éthologie, le comportementalisme et la médecine vétérinaire, mais il s’ouvre depuis quelques décennies à d’autres façons, subtiles et non mentales, d’envisager la relation animal-humain. En une quarantaine d’années, la communication animale intuitive (CAI), également appelée communication inter-espèces, explose et retrouve ses lettres de noblesse. Je dis bien « re »trouve car il s’agit d’une reliance hors d’âge et intemporelle entre l’homme et l’animal, qui fut mise au second plan par les aléas de l’Histoire occidentale, notamment les guerres successives, le cartésianisme triomphant, l’intellectualisme des Lumières puis l’industrialisation exacerbée de la modernité.

Une forme singulière de communication avec l’âme animale émerge grâce à cette discipline accessible à tous. Incontestablement, et même si beaucoup de travail d’information reste à faire, la communication animale intuitive impacte les personnes appelées par son enseignement, elle touche tous les milieux sociaux. Si les femmes s’intéressent massivement à la CAI, les hommes y sont aujourd’hui de plus en plus présents ; quant aux vétérinaires, certains se forment à cette pratique puis l’exercent dans le cadre de leur profession, officiellement ou officieusement.

La communication animale intuitive fut parfois appréhendée, par les observateurs sociaux, comme une mode éphémère ou bien comme le signe de la montée d’un irrationalisme de masse à la solde de quelques figures de la cause animale et du végétarisme… Mais il n’en est rien ! Cette analyse est superficielle et erronée, il convient d’aller plus en profondeur si l’on veut comprendre la raison d’être, la fonction sociale et l’enjeu de cette discipline émergente.

En réalité, le succès de la communication animale intuitive est pérenne et ne se dément pas. Année après année, elle occupe le terrain sous forme de conférences, de stages, d’ouvrages, d’émissions radio ou télévisuelle, d’écoles, de formations, de partenariats avec des zoos ou haras, d’entreprises ou sociétés s’érigeant autour de ce concept animalier, etc. La CAI n’est donc pas une mode éphémère, elle est plutôt l’indicateur d’un changement des mentalités, des comportements et des projections. Elle est un signe des temps indiquant qu’un déplacement du champ de conscience est à l’œuvre, tant à l’échelle de la conscience individuelle que collective.

Mais qu’est-ce qui se déplace ? Qu’est-ce qui change ? Principalement notre positionnement anthropocentrique, c’est-à-dire le fait de voir l’humain comme l'entité centrale la plus significative de l'Univers. Selon cette conception anthropocentrique largement entretenue ces derniers siècles, la Nature n’est jamais appréhendée comme un partenaire avec lequel nous sommes potentiellement en résonance, mais comme une ressource naturelle à disposition : elle est ce qu’on lui prend, tant en matière de minéraux, de végétaux que d’animaux... Point à la ligne ! Cette exploitation de la Nature, au dessus de laquelle se trouve l’homme, perdure jusqu’à ce qu’émerge une autre façon de voir le monde, la planète. Dans ce monde renaissant, l’humain commence doucement à concéder quelques droits à la Nature et, par cet acte, il relativise sa position centrale. Que se passe-t-il ?

D’une part, l’humain s’envisage désormais comme un être vivant faisant partie d’un environnement également vivant, voire intelligent. D’autre part, il devient le sujet d’interactions avec d’autres espèces et/ou formes conscientes : ces interactions pouvant être sensorielles ou extrasensorielles, visibles ou non. Nous commençons scientifiquement à admettre que l’humain interagit avec les minéraux, les végétaux, les animaux et même des formes de conscience non humaines dont nous ne comprenons pas grand-chose à ce jour.

 

L’intelligence du coeur aidée de l’intelligence mentale du cerveau (le coeur est pourvu de récepteurs et neurotransmetteurs et s’établit un dialogue constant entre les fibres nerveuses du coeur et certaines structures cérébrales), font entrevoir l’idée que notre espèce pourrait bien n’être au centre de rien, même si cela blesse notre ego qui, lui, entre en résistance face à cette réalité ! Ni supérieure ou inférieure à d’autres espèces, se pourrait-il que la nôtre soit tout simplement en interaction avec multiples espèces en amont et en aval d’elle-même, telle une chaîne où chacun joue son rôle, mais où aucun n’est plus important que l’autre ? Cette question met à mal la vision pyramidale, selon laquelle la hiérarchie et les niveaux de pouvoir sont la règle. Si cette règle demeure, puisqu’elle structure l’organisation de nos sociétés, elle pourrait bien être aussi un leurre primitif entretenu depuis des lustres par nos cultures, au bénéfice de quelques-uns.

 

Dans ce contexte de modification de l’angle de vue, la CAI m’apparaît comme un indicateur très significatif de ce déplacement de la conscience, mais elle n’est pas la seule. Je pense notamment à l’ufologie (les phénomènes ovnis) ; il n’est pas anodin que la CAI rencontre un succès grandissant auprès des populations pratiquement au même moment où l’ufologie se popularise, au moment où l’on voit ses associations se démultiplier à travers le monde et exercer des pressions, alors que leurs deux objets d’étude n’ont évidemment rien à voir a priori !

Selon une perspective sociologique que je soutiens depuis des années, ces deux disciplines m’apparaissent comme deux puissants indicateurs sociaux du déclin de l’anthropocentrisme, voire deux leviers majeurs de son déclin : d’un côté, une partie de l’humanité prend conscience de sa résonance et de sa connexion d’âme (non locale) avec l’animal, de l’autre, l’humanité témoigne et montre que d’Autres consciences, échappant à la localité de l’espace et du temps, interagissent et communiquent avec nous. Il y a donc une dynamique commune, profondément initiatique, s’incarnant autour de deux thèmes différents. La CAI a attiré massivement les femmes au début, tandis que l’ufologie était très majoritairement constituée d’hommes au départ, mais dans les deux cas ces disciplines se positionnent intellectuellement, pratiquement et intuitivement, aux antipodes de l’anthropocentrisme.


Une transformation du lien que nous tissons avec la Nature est à l’œuvre dans nos sociétés. Les personnes ayant pris le temps de s’informer des théories et pratiques de la CAI et du rôle qu’elle joue déjà auprès de certains acteurs sociaux (propriétaires d’animaux, haras, zoos, vétérinaires, cirques, etc.), savent bien que son développement n’a rien à voir avec un irrationalisme de masse, mais avec un changement de paradigme et d’angle de vue. Changer de paradigme, c’est changer de modèle de société et de représentation du monde, à l’extérieur comme à l’intérieur de soi ; c’est aussi modifier la perception que nous avons de la vie et de la mort.

Avec ou sans le consentement des institutions, via diverses formes d’engagements, la personne exprime actuellement son désir d’intégrer autrement l’animal dans les affaires de la Cité. Celui-ci n’est pas simplement un objet dont on dispose comme on veut, mais un être vivant conscient, aimant, souffrant, ayant des émotions, un être soumis comme chacun d’entre nous à la naissance et au trépas, un être spirituel aussi.

Or, pour que cette compréhension de l’animal entre pleinement dans la Cité des hommes et dans leur vie quotidienne, pour que l’animal, quel qu’il soit, domestique ou sauvage, puisse y vivre et y mourir dans une plus grande dignité et pour que l’humain sache comment cohabiter avec lui, il est besoin de personnes capables de nous parler de l’âme animale. Nous avons fort heureusement des interprètes animaliers proposant au grand public des ouvrages sérieux et complets, bâtis sur des années d’expérience, comme celui-ci : « Accompagner son animal en fin de vie », qui est une clé d’entrée dans l’espace sacré de la cohabitation animal-humain. Cet ouvrage de Fabienne Maillefer est ce qui se fait de mieux en matière pédagogique. Elle dévoile, étape après étape, la façon de s’y prendre lorsque notre animal quitte ce monde, alors que nous sommes submergés par l’émotion, très fragilisés par la situation et tentés d’aller trouver à l’extérieur de nous une solution « clé en main ».

Son expérience personnelle ainsi que sa formation professionnelle autour de l’accompagnement de fin de vie, tant humain qu’animal, associées à une écriture simple, font de cet ouvrage un outil de référence où se mêlent au fil des pages bienveillance et rigueur. Ce livre instructif est incontournable pour toute personne souhaitant comprendre ce qui se joue autour de la vie et de la mort d’un animal, pour celui ou celle qui veut se rapprocher de ce dernier, préparer son grand départ vers une autre dimension et accueillir en soi ce deuil prévisible. Pédagogie, méthode, empathie, déontologie et spiritualité font bon ménage dans cet ouvrage, ce qui n’est pas une mince affaire pour un auteur… Cocktail réussi, si je puis dire !

Tel un guide, à la fois pratique et sensible, enrichi de plusieurs exemples illustrant avec émotion et pudeur les propos de l’auteure, il est certain que ce livre sera apprécié par les personnes se sentant désemparées face à la vieillesse et la douleur d’un animal. Il s’avérera également d’une grande aide pour les propriétaires d’animaux se demandant que faire avant, pendant et même après le décès lorsque le compagnon non humain a quitté la matière. Loin de tout pessimisme ambiant, je tiens à souligner combien ces pages sont empreintes d’une belle philosophie de vie et d’une spiritualité dégagée de toute religion. « Accompagner son animal en fin de vie » met à disposition des lecteurs un savoir-faire et un savoir-être dans la relation à l’animal en partance, basés sur un art du compromis entre action et lâcher prise face à l’inévitable mort.

A l’écart de toute prétention scientifique, et pourtant habitée par un esprit de recherche que j’apprécie particulièrement, l’auteure de ce bel ouvrage nous invite à concevoir l’accompagnement des animaux en fin de vie comme un art de la connexion, mais un art soumis à des règles précises. Les chapitres successifs abordent précisément les règles à observer lors de l’accompagnement d’un animal en fin de vie, également les pièges à éviter… Et ils sont nombreux !

Prenons trois règles majeures évoquées par l’auteure, valables pour le néophyte autant que pour l’interprète animalier confirmé : la première est d’avoir conscience de ses propres filtres et croyances avant toute communication animalière, la seconde consiste à ressentir que l’accompagnement d’un animal se fait principalement avec le cœur, la troisième, que la communication intuitive avec un animal se développe par la pratique, c’est-à-dire en fonction du temps que l’on y consacre. Autrement dit, il ne suffit pas de s’autoproclamer interprète animalier pour l’être, car certaines étapes doivent être validées par l’expérience.

Ce souci protocolaire, corrélé à l’esprit fécond du doute scientifique, est l’apanage des chercheurs et des enseignants, il est omniprésent chez Fabienne Maillefer. En effet, que l’on parle de connaissance empirique (médicale) ou intuitive de l’animal (CAI), il est toujours souhaitable de s’appuyer sur une méthode et des protocoles, car ce sont eux qui confèrent fiabilité et légitimité à une discipline. Cela étant dit, les méthodes et protocoles appliqués en sciences exactes, sciences humaines et sciences intuitives ne sauraient être les mêmes, étant donné que nous sommes en présence de trois expériences ou « terrains » différents (voire dimensions)… Mais ceci est un autre débat.

Un questionnement épistémologique (logique de la connaissance et constitution des connaissances) est en cours en CAI, je pense qu’il s’affinera et s’affirmera dans le temps, au moins sur deux questions : d’une part, quels critères retenir pour valider la connaissance intuitive en général et dans le cas de la communication avec les animaux en particulier. D’autre part, quel est le positionnement de la communauté des interprètes animaliers face aux multiples pratiques complémentaires (médecine vétérinaire, homéopathie, naturopathie, ostéopathie, lithothérapie, soins énergétiques, thérapie quantique, comportementalisme, éthologie, etc.)… Au fait, existe-t-il une communauté homogène des interprètes animaliers  ?

Compte tenu de son expérience, de son sens de la méthode, de son accueil des pratiques complémentaires, de son souci déontologique, de son aptitude pédagogique, puisqu’elle dirige déjà une école de formation à la CAI, il ne fait aucun doute que Fabienne Maillefer a son mot à dire et un rôle à tenir dans ce débat scientifique en cours et en devenir. Un tel débat permettra par ailleurs de repérer puis d’écarter les opportunistes ou les mythomanes squattant cette discipline, et dont les pronostics peuvent avoir des conséquences désastreuses sur le bien-être d’un animal, notamment lorsqu’ils conseillent ou déconseillent l’euthanasie en jouant les faux prophètes.

La CAI est une discipline naissante ayant ses « maîtres » à penser, ses théories, ses méthodes, ses enseignants et quelques écoles. Espérons que les prochaines décennies permettent à ceux et celles qui y consacrent leur vie d’obtenir une reconnaissance officielle et institutionnelle sans ambiguïté. Espérons et appelons de nos vœux l’ouverture de nombreuses chaires universitaires lui étant dédiée ainsi que le déploiement de son enseignement dans les cursus scolaires, chez les petits comme chez les grands. Espérons que la communication animale, encore marginale et rare dans les écoles vétérinaires, y prendra à l’avenir une place légitime et, plus généralement, dans tous les lieux où la vie et la mort des animaux sont présentes. Un long chemin reste à parcourir au vu de la lenteur des institutions et des habitudes collectives, mais l’ouvrage « Accompagner son animal en fin de vie » participe assurément de cet effort et de cette espérance.

 

Sylvie JOUBERT / www.sylvie-joubert.fr
Sociologue, auteure, 
Présidente de l’association « Fil de Conscience »  /  www.fildeconscience.fr


mardi 19 mai 2020





CONSCIENCE ANIMALE

Un cas parmi d'autres d'intelligence et d'empathie. Cela se passe en Inde, un singe s'est  électrocuté, son congénère réagit immédiatement et fait ce qu'il faut physiquement pour le réanimer.  

Regardez ce qu'il se passe !  

MALOU, LOISSE, JULES ET LES AUTRES!